vendredi 14 janvier 2011

La Tunisie, une (ex ?) dictature proche !

Policiers en uniforme et en civil, la Tunisie de Ben Ali était un État laïque et ultra fliqué...

A l'occasion de la fin du régime de Ben Ali...

En avril 2002, envoyé par la revue belge REGARDS, je me rends à Djerba, en Tunisie, dans le cadre d'un voyage de presse. « Voyage » organisé par les autorités touristiques de ce pays. Des autorités aussi bien surveillées, à la manière de Big Brother, que toutes les autres structures de l'État tunisien. L'objectif de ce voyage officiel a pour but de démontrer, aux médias européens, que tout était revenu à la normal à Djerba, un des hauts lieux du tourisme de masse à la tunisienne, après l'attentat qui avait été commis contre la synagogue de La Ghriba, par des islamistes se revendiquant d'Al Qaïda.

« Notre voyage » de presse est alors très bien encadré. Le constat de cette situation rapidement fait : le chauffeur officiel de notre mi-bus est en réalité un flic du régime bénaliste chargé de nous surveiller, de nous orienter, de nous faire voir ce qu'il avait été décidé de nous faire voir et d'écouter (espionner) toutes les personnes que nous interviewons.

De retour en Belgique, je publie dans REGARDS (du 28 mai 2002, avec une autre journaliste présente sur place, Ann-Eve Fillenbaum) un reportage sur ce voyage à Djerba, sur la communauté juive locale (caractérisée par sa précarité; eh oui tous les Juifs ne sont pas riches !) et la situation après l'attentat contre la synagogue tunisienne. Mais, je ne me limite pas à un compte-rendu politiquement correct, allant dans le sens souhaité par les autorités « politico-touristiques ». Dans un encadré pour faire le point sur la situation, je mentionne notamment :

« La Tunisie est le ''pays proche'', comme nous dit le célèbre slogan de publicité. Mais un voyage organisé en Tunisie peut aussi rappeler les aventures de Tintin chez les Picaros...Car la Tunisie, c'est aussi un régime qui ne tolère qu'un seul discours, qu'une seule voix : celle de son président et de ses disciples.

L'opposition politique y est bien contrôlée. Les dissidents sont intimidés, pourchassés et souvent arrêtés. Les procès politiques se font à l'ombre des plages tunisiennes. Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir une nouvelle fois le rapport d'Amnesty International. Ou t'entendre le récit de Simone Susskind (*) de retour d'une audience du procès intenté à trois leaders communistes sortis de la clandestinité. La Tunisie, le pays proche, oui, mais... ».

Après la publication de cet article dans REGARDS, je n'ai évidemment plus jamais été invité en voyage de presse officiel en Tunisie...

Manuel Abramowicz
Bruxelles, 14 janvier 2011


Le dictateur Ben Ali trônait partout, tel Big Brother.

En Tunisie bénaliste, la justice nulle part, la police partout.

Philippe Séguin, homme politique français de droite né à Tunis et représentant alors du courant pro-Ben Ali à Paris (récemment décédé), était également présent au show du régime autoritaire tunisien organisé à la synagogue La Ghriba. Dans le but de sauver l'industrie du tourisme de masse.



(*) Simone Susskind est alors une des dirigeantes du Centre communautaire laïc juif de Bruxelles (CCLJ), militante pour une paix israélo-palestinienne et membre du parti socialiste francophone belge.

© Photos : Manuel Abramowicz