La justice donne raison à Manuel Abramowicz (RésistanceS.be) contre un ex-dirigeant du Front national
Le journaliste Manuel Abramowicz et l'avocat Laurent Arnauts en octobre 2013.
© Photo Ziad El Badouri.
COMMUNIQUE
DE PRESSE DE RESISTANCES.BE - Dans le deuxième procès
intenté par l'avocat Marc Levaux, un ancien dirigeant d'extrême
droite, la Cour d'appel de Bruxelles vient de rendre un arrêt en
faveur du journaliste belge Manuel Abramowicz (RésistanceS.be). Pour
son avocat, Me
Laurent Arnauts : « Il
s'agit d'une victoire judiciaire indéniable qui fera jurisprudence
au profit de la presse dans son ensemble. »
Le journalisme
d'investigation est un engagement à risque, il se poursuivra !
La
Cour d'appel de Bruxelles vient de rendre un arrêt en faveur de
Manuel Abramowicz, journaliste et coordinateur de la rédaction de
RésistanceS.be, journal en ligne spécialiste en investigation sur
l'extrême droite (fondé en 1997), défendu par M. Laurent Arnauts, avocat, notamment, dans l'« Affaire Fortis »,
de plus de 1.500 anciens petits actionnaires de cette banque.
A
l'origine du procès
En
janvier 2012, défendu
par Me
Julien Pierre et M. Bernard
Mouffe, l'avocat Marc Levaux,
connu pour son appartenance à l'extrême droite depuis les années
1990 (il fut tour à tour élu et membre des directions du Front
nouveau de Belgique et du Front national belge du docteur Daniel
Féret) avait déposé plainte contre M. Abramowicz.
Le
motif de son action judiciaire ?
Un article de ce dernier publié sur le site de RésistanceS.be, le 8
janvier 2012, à propos de la « tuerie de Liège »,
commise sur la place Saint-Lambert, le 13 décembre 2011. Lors de ce
carnage qui secoua dramatiquement la Belgique, six personnes avaient
été assassinées de sang-froid. Dans son article, Manuel Abramowicz
évoquait les
liens antérieurs possibles de son auteur, Nordine Amrani, avec des
membres de l'extrême droite (en mentionnant clairement qu'ils
étaient totalement étrangers à la tuerie). L'information sur ces
liens avait été une première fois publiée, le 22 décembre 2011,
par le journaliste Michel Bouffioux dans l'édition belge de
l'hebdomadaire Paris Match,
et confirmée par Marc Metdepenningen, journaliste du quotidien Le
Soir, à Manuel Abramowicz.
S'estimant reconnu dans cet article, malgré que son nom n'ait pas été cité, M. Marc Levaux déposa plainte pour calomnie, atteinte à son honneur, à sa réputation et préjudice professionnel, non pas contre Michel Bouffioux, mais bien contre Manuel Abramowicz. L'avocat réclama à celui-ci, dans un premier temps, 25.000 euros de dommages et intérêts. En outre, le plaignant, en cas de condamnation, réclamait encore, aux frais du journaliste de RésistanceS.be, la publication du jugement dans trois journaux : Le Soir, Paris Match et De Morgen !
Un
premier procès s'ouvrit contre Manuel Abramowicz, devant le Tribunal
de Première instance de Bruxelles. Le 22 janvier 2013, le Tribunal
rendra un jugement estimant qu'aucune faute n'avait été commise par
le journaliste de RésistanceS.be. M. Levaux fut donc débouté
de son action judiciaire, mais décida néanmoins d'aller en Appel.
Nouvel échec pour Levaux
Suite
au nouveau procès qui s'est tenu le 14 avril dernier, la Cour
d’appel de Bruxelles a rendu, en date de ce mardi 23 juin, un arrêt
en faveur de Manuel Abramowicz, confirmant et renforçant le premier
jugement et le réquisitoire du Procureur du Roi. La Cour d'appel
estime, à propos de l'article de RésistanceS.be sur la tuerie de
Liège, que son objet était,
« comme souligné par M.
Abramowicz, d’attirer l’attention sur les liens entre M. Amrani
et le milieu d’extrême droite et ce, afin de rétablir une
certaine vérité face aux dérives racistes exploitant l’origine
arabo-musulmane du tueur de Liège, en complétant les révélations
antérieures des articles parus dans la grande presse relativement
aux milieux d’extrême droite évoqués dans ces révélations
».
Pour
la Cour : « aucun
manquement (journalistique) ne peut être retenu dans le chef de M.
Abramowicz. » Elle précise
même : « Il ne peut être
considéré que M. Abramowicz n’aurait pas agi comme un journaliste
normalement prudent ». Dès
lors, « aucun amalgame
discréditant n’est entretenu par M. Abramowicz ».
La Cour d'appel de Bruxelles constate enfin que Manuel Abramowicz ne
s’est pas davantage rendu coupable de dénonciation calomnieuse, et
que « c’est, par
conséquent, à bon droit que le premier juge a considéré que M.
Abramowicz n’avait commis aucune faute et déclaré la demande de
M. Levaux non fondée ».
Alors
que le Tribunal de première instance avait délaissé chaque partie
à ses dépens, la Cour d’appel a cette fois-ci condamné M. Marc Levaux à 2.700 € d’indemnité de procédure.
![]() |
Manuel Abramowicz
© Photo E. Vanden Dooren.
|
Jurisprudence
en faveur de la presse
Cette longue affaire judiciaire contre le journaliste Manuel Abramowicz (ci-contre) est aussi une victoire pour l'ensemble de la presse, le journalisme d'investigation et le droit à l'information. A l'issue de ce deuxième procès, l'avocat de Manuel Abramowicz, M. Laurent Arnauts, a déclaré : « Je me réjouis que la Cour d'appel ait confirmé le professionnalisme du journal d'investigation RésistanceS.be dans sa mission d'information. Elle a ainsi coupé court à cette tentative manifeste de l'extrême droite de le museler. Il s'agit d'une victoire judiciaire indéniable qui fera jurisprudence au profit de la presse dans son ensemble, contre ceux qui veulent la censurer et au final la faire taire. »
Reprenant la ligne éditoriale de RésistanceS.be, le journaliste Manuel Abramowicz, a pour sa part rappelé : « Le journalisme d'investigation est un engagement à risque, je le savais dès le début, je l'ai pris et le poursuivrai. Ni l'extrême droite ni ses ex-dirigeants ne m'empêcheront de le faire. Le combat pour le droit à l'information, la liberté d'expression et le droit de la liberté de la presse continuera coûte que coûte. »
Communiqué
de presse du journal RésistanceS.be |
Bruxelles,
28 juin 2015
En 1998, Marc Levaux, condamné dans le procès contre Manuel Abramowicz, avait écrit un livre à la gloire du mouvement d'extrême droite REF, souvent comparé à REX, celui de Léon Degrelle - Document : Archives RIDAF - RésistanceS.be