dimanche 12 juillet 2015

Des dockers à l'extrême droite ? Que du contraire...


Bruxelles, 6 novembre 2014, des dockers en colère affrontent les forces de l'ordre. La répression sera terrible © Photo : Nakam / RésistanceS.be

INTERVIEW - Suite à la manifestation du 6 novembre dernier contre le gouvernement fédéral, le journal RésistanceS.be avait révélé une infiltration de celle-ci par des militants d'extrême droite (voir l'article d'origine après l'interview). Les dockers du port d'Anvers furent ensuite pointés du doigt par la police, des politiciens et des médias. Pour éviter les amalgames et en savoir un peu plus au sujet des travailleurs de nos ports, nous avons rencontré Erik Demeester. Ce militant syndical et antifasciste flamand de longue date connait très bien la ville d'Anvers, et ses dockers.

Propos recueillis par Manuel Abramowicz pour le journal RésistanceS.be


En fin de parcours de la manifestation nationale, ayant rassemblée plus de 120.000 personnes, des trois syndicats contre le gouvernement fédéral, le 6 novembre dernier, des incidents ultras violents – puis médiatisés tous azimuts – se sont produits. Le web-journal RésistanceS.be avait révélé en exclusivité la présence dans cette manifestation d'activistes d'extrême droite et d'un noyau dur de dockers du port d'Anvers. Des insultes et des agressions racistes contre des jeunes du quartier populaire d'Annessens avaient été observés.

Des politiciens, le président de la N-VA, Bart De Wever, en premier, et des médias ont ensuite généralisé ces événements, certes inquiétants (des syndicalistes, une minorité, se sont rendus responsables d'agressions racistes), en présentant tous les dockers comme étant des casseurs et des grosses brutes racistes d'extrême droite. La réalité est différente.

Alors qui sont ces fameux dockers d'Anvers ? Le syndicaliste et antifasciste flamand Erik Demeester, militant depuis les années 1980, les connait fort bien. Pour RésistanceS.be, il revient sur l'histoire du combat des dockers pour défendre leur statut professionnel et leur outil de travail, menacés par les plans de privatisation imposés par l'Union européenne et le patronat portuaire. Avec la complicité de l'extrême droite (Vlaams Belang) et de la droite libérale nationaliste (N-VA).


    RESISTANCES.BE – Les dockers font partie d'une fraction du monde ouvrier peu connue. Quelles sont leurs principales caractéristiques ? Combien sont-ils ? Dans quels ports travaillent-ils ? Quelles sont leurs conditions de travail ? Au niveau syndical, quelles sont leurs revendications ?

ERIK DEMEESTER - En Belgique il y a plus de 10.000 dockers reconnus répartis essentiellement sur trois ports, celui d’Anvers, de Gand et de Zeebrugge. Les ports sont un secteur vital de l’économie belge qui vit de l’exportation. Le port d’Anvers, par exemple, représente à lui seul 5 % du PIB national et plus de 8 % du PIB du nord du pays. La Flandre en particulier se profile comme une plateforme logistique de l’économie européenne. Les ports y ont une place cruciale. L’ancien président français, Nicolas Sarkozy, a un jour décrit le port d’Anvers comme étant le plus grand port… français. Au début du siècle passé, les ports étaient « het slagveld van den arbeid », le « champ de bataille du travail ». Malgré des améliorations, le travail de dockers reste un boulot très pénible et très dangereux. On y risque encore sa vie. En témoignent quelques statistiques. En moyenne, par an, 1.150 accidents de travail blessent des dockers. Cela fait une moyenne de près de plus de 11 % de dockers blessés par an. C’est un chiffre très élevé. Depuis l'année 2000, deux dockers meurent en moyenne dans ces accidents, comme cela a été révélé en février 2013 au Sénat de Belgique.

Les dockers exercent donc une profession à risque. Ils doivent être en permanence sur le qui-vive pour éviter un accident : des poutres mal attachées, des containers qui tombent, des engins qui écrasent des dockers (le derniers accident de travail mortel au port d’Anvers), etc. La sécurité est une obsession chez les dockers. Ils travaillent souvent en petites équipes de quatre à cinq personnes. Dans ces équipes l’attitude de l’un peut éviter ou provoquer un accident. La cohésion y est – par nécessité - très forte. C’est le cas dans tous les ports. Si un docker ne peut pas compter sur un autre, il ou elle risque son intégrité physique ou sa vie. C’est aussi simple que cela. Cette réalité est à la base d’une forte identité de groupe.

Depuis 1972, le travail dans nos ports est régi par ce qu’on appelle la « loi Major », du nom du ministre socialiste du travail de l’époque, qui fut aussi un dirigeant syndical. Cette dernière n’autorise que des dockers formés et reconnus d’exercer le travail dans les ports. Leur formation dure trois semaines pendant lesquelles ils apprennent en détail les techniques du métier. Après cela, ils reçoivent le « blauwe boekske » (le livret bleu) qui reprend les jours travaillés et les jours chômés. C’est seulement après 18 mois qu’ils reçoivent le livret officiel qui leur garantit la protection sociale. Entre 75 et 85 % des dockers ont un travail fixe. Les autres, le « pool », doivent se présenter au local de recrutement quotidien appelé « het kot » à Anvers. Il y a quatre moments de recrutement correspondant aux quatre équipes de travail. Le taux d’affiliation aux syndicats est très élevé. La Fédération générale du Travail de Belgique (FGTB) y est le plus grand, suivi de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC).

Comme je l’ai déjà dit : la sécurité des dockers est la première des préoccupations syndicales. En découle aussi le rejet de toute tentative de détricotage de la loi Major qui codifie le travail et la sécurité dans le port. Le programme du gouvernement de Charles Michel (MR) et de Bart De Wever, le président de la N-VA (parti nationaliste flamand d'ultradroite) et bourgmestre d'Anvers, prévoit la « modernisation » de cette loi. Terme vague mais qui n’est pas de bon augure. Les syndicats réclament plus de précisions sur cette fameuse modernisation mais restent sans réelle réponse. A cela, s’ajoute les attaques incessantes de l’Union européenne contre la loi Major. La tentative précédente des autorités européennes de « flexibliser » le travail portuaire, plus connu sous le nom de « Port Package I et II », a été repoussée à la suite de grandes grèves dans les ports européens et en particulier dans celui d'Anvers. Mais à l’initiative de Fernand Huts, le PDG de Katoen Natie, une société commerciale internationale de logistique fournisseur de services et opérateur portuaire, l'Union européenne revient à la charge. Il faut savoir que ce Fernand Huts est le franc-tireur du patronat portuaire flamand : il dit tout haut ce que les autres patrons de ce secteur pensent tout bas. Le même Huts, membre du parti libéral Open VLD, est aussi un ami personnel de Bart De Wever, considéré à juste titre comme le « premier ministre de l’ombre » du gouvernement fédéral. Ce dernier est mis sous pression par la Commission européenne au sujet de la réglementation du travail portuaire, régie par la loi Major. La direction de l’UE et les patrons portuaires voudraient mettre fin à la convention collective unique pour tous les travailleurs des ports et au règlement du travail en vigueur aujourd’hui. Cette « modernisation » augmenterait les accidents de travail dans le port et engagerait une spirale salariale descendante entre les travailleurs portuaires. Et cela, bien évidemment, les dockers ne le veulent pas.

Ils ont montré dans un passé récent qu’ils représentent une force sociale considérable. Une fois en action, leur impact sur la société va largement au-delà de leur seul nombre. C’était le cas dans la passé avec les mineurs. Dès que ceux-ci partaient en grève, même si ils ne représentaient qu’une partie très minoritaire de la classe ouvrière, ils faisaient trembler la « capitale » et son gouvernement.

    RESISTANCES.BE – Quelles sont les traditions politiques des dockers belges ?

ERIK DEMEESTER - Tout d’abord, il faut dire que les dockers, par la nature du secteur économique dans lequel ils travaillent, un port international, ont le regard dirigé vers l’économie mondiale et vers les autres ports dans le monde. Les actions de solidarité avec des collègues d’autres ports en Europe ou au-delà font partie des traditions syndicales largement soutenus par les dockers, depuis les origines du syndicalisme dans les ports.

L’internationalisme dans les ports n’est pas un vain mot. Ils ont aussi une tradition antifasciste. En 1936, deux dockers, Albert Pot et Theo Grijp, furent assassinés par des fascistes pendant la campagne électorale à Anvers. Le lendemain de leur assassinat, le port d’Anvers était paralysé par une grève générale en solidarité avec les victimes et contre le fascisme. Quelques semaines plus tard tout le pays était en grève pour arracher des conquêtes sociales historiques comme la semaine de quarante heures, la journée de sept heures et les congés payés.

Les traditions politiques qui ont dominés les dockers sont de gauche. Les socialistes y sont forts, mais les communistes aussi, tout comme une fraction trotskiste. Jadis, le Parti communiste était capable de déclencher une grève de sa propre initiative.



La presse a récupéré les informations inédites de RésistanceS.be, parfois avec une certaine exagération - Doc. Ridaf

RESISTANCES.BE – Pourtant les dockers anversois ont eu la réputation d'appartenir à l'extrême droite flamande. Dans les années 1980, le Vlaamse militanten orde (VMO), la plus importante organisation militante d'extrême droite qui sera l'un des piliers de fondation du Vlaams Blok (VB), le nom jusqu'en 2004 de l'actuel Vlaams Belang, avait parmi ses sympathisants des dockers...

ERIK DEMEESTER - Et aujourd'hui, un des anciens sympathisants du VMO est devenu le bourgmestre de la ville d’Anvers et il est vilipendé par les dockers…

Maintenant, il faut le reconnaitre : à partir des années 1980 et jusqu’il y a peu, chez les dockers d’Anvers ou de Gand un vote en faveur du Vlaams Blok s'est enregistré. Diverses études ont indiqué qu’en moyenne un affilié ABVV (la branche flamande de la FGTB) sur cinq votait pour ce parti. A Anvers, ce pourcentage était encore plus grand. La Belgische Transportbond (BTB, Union belge du transport, UBT), la centrale syndicale rassemblant les dockers de la FGTB, est majoritaire parmi ceux-ci. Ce qui a ajouté certainement à cet éloignement électoral de la gauche, du SP.a en particulier, à cette époque est la grève de 1973 dans le port d’Anvers. Une grève de huit semaines, avec de milliers de dockers, qui a paralysé le port et a dominé l’actualité politique et sociale dans la ville, ainsi que dans toute la Flandre. Le syndicat socialiste et le parti socialiste se sont dressés contre cette grève spontanée et ne l’ont pas reconnue. Le gouffre entre dirigeants syndicaux et la base des dockers était béant. Les cicatrices de cette fissure sont encore visibles aujourd'hui.

Force est de constater que les slogans démagogiques et racistes du Vlaams Blok ont alors séduit une partie des dockers. Cependant, le vote pour ce parti nationaliste flamand d'extrême droite, surtout parmi les travailleurs, n’a jamais été univoque. Preuve de cela est que l’électorat populaire et ouvrier se situe largement à gauche du programme de cette formation politique sur les questions socio-économiques. C’est encore le cas avec l'« électorat populaire » de la N-VA de Bart De Wever. Plusieurs études l’ont démontré. Cela a été le talon d’Achille du VB. Une fois que son caractère ouvertement propatronal et antisocial a été révélé dans la pratique, ce même électorat a commencé à lui tourner le dos. Depuis plusieurs années, c’est le cas parmi les dockers.

Le Vlaams Belang, qui s’est toujours présenté comme étant l’« ami des dockers », s’est pourtant désolidarisé de leur lutte contre la « libéralisation » (la privatisation !) des ports européens. Les députés du VB se sont abstenus dans un vote décisif sur cette question au parlement européen. Quand leurs dirigeants se sont présentés au Kot, le local de recrutement, ils ont été engueulés puis repoussés par les dockers comme en atteste une séquence de la télévision flamande « Canvas » diffusée sur Internet (voir ci-dessous). La même chose s’est encore passée durant les dernières élections. Lorsque Bruno Valkeniers, alors toujours président du Vlaams Belang, et d’autres de ses représentants se sont présentés le 23 mai 2014 au Kot, ils ont été spontanément refoulés par les dockers qui leur ont reproché non seulement de ne pas soutenir la loi Major, mais aussi leur racisme. Dans une lettre publiée, le 24 mai 2014, sur le site antifasciste Blokbuster, un docker témoin de la scène a écrit :

« Beaucoup de dockers étaient à juste titre indignés et fâchés que le Vlaams Belang continue à diffuser leur poison raciste et d’opposer des dockers à d’autres dockers. Parmi les dockers cela ne fonctionne pas. Nous travaillons ensemble dans le port. C’est un travail dur, mais nous le faisons côte à côte, aussi avec Karim, Mo et Said. » 

En mai 2009, Filip Dewinter, le leader anversois du Vlaams Belang, est apostrophé par des dockers. Proche des patrons du port d'Anvers, les dirigeants du Vlaams Belang y sont désormais persona non grata chez ses travailleurs © Image : Canvas in Youtube.

RESISTANCES.BE – D'où vient dès lors cette réputation d'extrême droite qui colle aux dockers ?

ERIK DEMEESTER - Il faut dire que le patronat portuaire et des hommes politiques, comme l’échevin du port d'Anvers, Marc van Peel, membre du CD&V (parti démocrate-chrétien flamand), accusent les dockers de refuser de travailler avec des « bruine smoelen » (« gueules basanées »). Marc van Peel a lancé cette accusation dans les médias en 2009 et Fernand Huts, de la société commerciale Katoen Natie, l’a encore répété récemment. C’est un mensonge naturellement. Ce que les dockers et leurs syndicats disent est que tout un chacun, homme ou femme (car il y a des femmes parmi dockers !) , de quelque nationalité que soit, peut travailler dans le port à une et une seule condition : c’est qu’il ou elle ait son fameux livret comme le prescrit la loi Major. C’est-à-dire qu’il ou elle ait réussi sa formation et soit reconnu officiellement comme docker. Tout autre personne qui est engagé par le patronat portuaire en dehors de ce cadre et effectue le travail de dockers n’est pas bienvenu.

Le patronat mène une guerre contre la loi Major en essayant d’engager des travailleurs en dehors des règlements de travail pour effectuer le travail de dockers. La raison est simple : c’est meilleur marché, car le patron doit les payer moins cher, jusqu’à un tiers en moins. La loi Major est un rempart contre la détérioration des conditions de travail et de sécurité. Par pure stratégie de division, les « barons du port » brandissent l’accusation de racisme à l’encontre des dockers et leurs syndicats car ils veulent en finir avec la loi Major. Ils présentent l’opposition des dockers à l’engagement de travailleurs en dehors du statut de la loi Major comme un refus de travailler avec des travailleurs d’origine étrangère. Dans le port, dix-sept nationalités travaillent ensemble comme dockers reconnus, d’autres sont de nationalité belges mais d’origine étrangères et cela ne pose pas de problème. Dans une réaction vive, reprise en février 2009 par le quotidien « Gazet van Anterwerpen », aux accusations de Van Peel, un affilié du syndicat socialiste des dockers, le BTB, a dit :

« Nous ne sommes pas des allochtones, nous sommes des dockers ». Il ajoute que « dans le port, il n’y pas de place pour le racisme ».

Il est vrai qu’il faudrait plus de travailleurs d’origine qui travaillent dans le port. Mais c’est le cas de nombreuses autres entreprises en Belgique. Donc, dans les faits, la situation est toute autre que celle présentée par les médias : c’est le patronat du port qui s’accoquine avec l’extrême droite ! Le président du Vlaams Belang de 2008 à 2012, Bruno Valkeniers, était directeur de la division Roro du manutentionnaire Hesse Noordnatie,
bien implanté dans le port d'Anvers. Les dirigeants du VB comme Gerolf Annemans et Jan Penris sont de toutes les réceptions organisés par les barons du port. C’est un secret de polichinelle qu’une partie du patronat en Flandre soutient - et même finançait - le Vlaams Belang, comme il « investit » aujourd’hui dans la N-VA.

    RESISTANCES.BE – L'influence de l'extrême droite chez les dockers serait en diminution, notamment au profit de la gauche radicale. Est-ce vraiment le cas ?

ERIK DEMEESTER - Lors de la grève du 24 novembre dernier contre la politique du gouvernement fédéral de Charles Michel, il n’y que deux dirigeants politiques qui sont allés soutenir les piquets de grève. Il s’agit d’abord de Peter Mertens, le président national du Parti du Travail de Belgique (PVDA-PTB, gauche radicale marxiste électorale) et de Katleen van Brempt, députée européenne du SP.a (parti socialiste, social-démocrate) et fille de docker. Ce sont les deux seuls qui ont été acceptés par les dockers… Peter Mertens parce que le PVDA-PTB a toujours défendu becs et ongles la loi Major. Kathleen van Brempt parce qu’elle s’est opposée au « Port Package I et II », le plan de privatisation imposé par la Commission européenne, et qu’elle a aussi soutenu les grèves des dockers contre celui-ci. Pour sa part, le Vlaams Belang a prétendu soutenir les dockers, mais l'a fait savoir par communiqué de presse interposé, bien loin des piquets de grève des dockers... Ce n’est pas un hasard. Pour les dockers : le Vlaams Belang ne représente que les intérêts des patrons du port. Il en va de même avec la N-VA et Bart De Wever. Résultat : l'extrême droite (VB) et la droite nationaliste flamande de gouvernement (N-VA) sont persona non grata chez les dockers. Par contre, il faut constater que des partis comme le PVDA-PTB et le SP.a gagnent du terrain parmi les dockers.

    RESISTANCES.BE – Il a été affirmé que la violence qui s'est exprimée lors de la manifestation du 6 novembre dernier à Bruxelles aurait profité, de façon générale, à l'extrême droite.
ERIK DEMEESTER - Cette violence profite surtout à ceux qui veulent stigmatiser les dockers et la résistance sociale en général. Les médias n’y sont pas allés de main morte. Bart De Wever, bourgmestre d’Anvers, avait instauré une ambiance belliqueuse dans sa ville dans les semaines avant la grève provinciale. La police d’Anvers a même évoqué ensuite le risque de morts dans les affrontements avec les dockers lors de la grève du 24 novembre. Puis, il était question de « métallos wallons » prêt à monter vers Anvers pour donner un coup de main aux dockers dans des bagarres de rue. Il a même été question d’hooligans hollandais de l’équipe de foot de Feyenoord prêt à descendre sur Anvers pour affronter la police.

Rien de tout cela n’était vrai dans les faits. De Wever et d'autres politiciens, avec la complicité indirecte d'une partie de la presse, ont agité la « stratégie du chaos » pour mieux justifier la répression préventive du mouvement social de l'automne 2014. Cela a facilité une mobilisation policière sans pareil lors des grèves. Par contre cela a eu aussi un « effet boomerang » dans le sens que la grève a paralysé tout le port et a contribué à son succès dans les autres secteurs.


Opération policière de maintien de l'ordre lors de la manifestation syndicale du 6 novembre 2014 © Photo : Nakam / RésistanceS.be

    RESISTANCES.BE – Peut-on voir des points communs entre cette violence et celle qui s'exprime durant des matchs de football ? Nous avons en effet pu personnellement observer des personnes impliquées qui semblaient être « entrainées » à ce type de combat de rue, comme le sont les hooligans.

ERIK DEMEESTER - Dans les gradins du FC Antwerp on retrouve des ouvriers du port, ou de la pétrochimie. Les hooligans sont souvent aussi des travailleurs, mais cela ne fait pas automatiquement de tous les travailleurs en colère des hooligans. La violence chez les dockers dans les manifestations du 4 avril contre la politique de l’Union européenne et le 6 novembre derniers n’est pas importée artificiellement de l’extérieur. C’est l’expression d’une vraie colère sociale due à des craintes justifiées pour l'avenir - des plus sombres - que réserve le monde patronal et politique aux dockers. Ces derniers revendiquent la dureté de leur combat. Ils ne sont jamais hypocrites. Leur langage est combatif parce que leur situation de vie est menacée. Le docker Bob Baete, interviewé par la télévision VRT, dans la magazine « Terzake », a été clair suite aux incidents à Bruxelles avec les forces de l'ordre :

« Arrêtons de dire que les dockers avaient donné leur veste fluo à des anarchistes. C’était des dockers, un point c’est tout. »

Sur le terrain, contrairement à l'image donnée par les médias – au profit du gouvernement fédéral du libéral francophone Charles Michel et du président de la N-VA nationaliste flamande Bart De Wever -, cette violence a été minoritaire. C'est évidemment, les voitures et les camionnettes incendiées des habitants d’un quartier populaire a desservie la cause des travailleurs. Mai
s les dockers ont aussi montré lors de la grève du 24 novembre qu’ils pouvaient contrôler ce groupe.



PROPOS RECUEILLIS PAR MANUEL ABRAMOWICZ POUR LE JOURNAL RESISTANCES.BE


© RésistanceS.be / 12 juillet 2015 / Article hébergé sur le blog de Manuel Abramowicz (coordinateur de la rédaction de RésistanceS.be).


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Ci-dessous, nous replaçons l'article de RésistanceS.be à l'origine de l'interview que vous venez de lire d'Erik Demeester sur les dockers d'Anvers. Il a été publié une première fois le 6 novembre dernier sur RésistancesNews.be, le blog d'information de RésistanceS.be. Plus de 42.000 personnes l'ont consulté ! Depuis, notre blog a été hacké à plusieurs reprises, notamment par un hacker nationaliste turc et un autre se revendiquant de l'organisation de l'Etat islamique (Daesh).


INFO EXCLUSIVE - RésistanceS.be - 6 novembre 2014


Infiltration d'extrême droite
de la manifestation syndicale ?

Ce jeudi, plus de 120.000 syndicalistes ont défilé à Bruxelles pour protester contre le nouveau gouvernement. Le web-journal RésistanceS.be y a observé la présence de militants d'extrême droite, dont deux dirigeants néonazis hollandais.


Pascal C. l'un des responsables du mouvement Nation au coeur de la manifestation caméra au poing (pour filmer quoi ? Qui ?)  avant qu'il en soit mis dehors par des militants antifascistes qui l'avaient repéré © Photo : RésistanceS.be

Plus de 120.000 personnes ont manifesté, aujourd'hui à Bruxelles, à l'appel des trois syndicats contre les mesures économiques du gouvernement de droite. Cette manifestation fut un succès de foule. Dans les jours qui viennent, elle devrait être favorable au mouvement social dans son rapport de force lors des négociations avec l'équipe de Charles Michel.

Extrême droite infiltrée
Des membres de la rédaction de RésistanceS.be, présents lors de cette manifestation, ont pu y observer des membres de l'extrême droite belge et hollandaise.

C'est le cas de quelques activistes de Nation. Pourtant, ce mouvement « national-solidariste », actif à Bruxelles et dans deux-trois villes wallonnes, désapprouve officiellement ce type de manifestation, comme il l'a encore affirmé ce soir sur son site Internet.

Très vite repérés par des militants antifascistes de la JOC et de l'Union syndicale étudiante (branche étudiante des Jeunes FGTB), les membres de Nation sur place ont dû quitté manu militari le cortège syndical.

Dockers racistes ?
Le long de ce dernier, à plusieurs reprises, des dockers du port d'Anvers s'en sont pris à des jeunes bruxellois d'origine marocaine qui assistaient, comme spectateurs, à la manifestation passant dans leur quartier.

Plus tard, en fin de parcours, un militant réfugié politique sud-américain a même été cogné par un docker qui l’avait pris pour un marocain, en l'invectivant d'insultes racistes. Il est a noté que ces dockers ne portaient aucune couleur syndicale, juste les chasubles de travail du port d'Anvers.

Dans le mouvement syndical, il est reconnu depuis plus de vingt ans que parmi les dockers anversois se trouvent des sympathisants d’extrême droite, notamment du Vlaams Belang.

Leaders néonazis hollandais
Durant cette même manifestation, RésistanceS.be a pu encore identifier formellement deux leaders néonazis hollandais. C'est au environ de 12 h 30, qu'ils ont été reconnus à la hauteur de la place de Brouckère. Ensuite, ils ont été revus lors des incidents ultra violents qui se sont produits en fin de manifestation, à la hauteur de la Porte de Hal, dans la commune de Saint-Gilles, se trouvant à côté de la gare du midi. Incidents impliquant essentiellement des dockers.

Ces deux individus sont Eite Homan et Karl-Jan Walle (voir leurs portraits après cet article).


A la hauteur de la place de Brouckère, Eite Homan et Karl-Jan Walle défilent incognito dans la manifestation syndicale © Photo : RésistanceS.be



Les voici, trois heures après, durant les incidents violents qui se sont déroulés en fin de manif © Photo : RésistanceS.be



Karl-Jan Walle après avoir été arrosé par une autopompe de la police fédérale © Photo : RésistanceS.be

Autonome Nationalisten Vlaanderen
Ce n'est pas la première fois qu'Eite Homan et Karl-Jan Walle participent ensemble à une manifestation à Bruxelles.

Le 10 août dernier, accompagnés d'autres néonazis hollandais, ils assistaient une mini protestation propalestinienne, organisée à l'initiative des Autonome Nationalisten Vlaanderen.

Après leur participation ce jeudi à la gigantesque manifestation syndicale, et leur présence sur les lieux des incidents de fin de cortège, Eite Homan et Karl-Jan Walle ont repris à la gare du midi le train en direction d'Alost. Ils pourraient sans doute y rester jusque ce week-end. Et participer, ce samedi, à un rassemblement des Autonome Nationalisten qui devrait se dérouler à Anvers, au cours duquel prendra la parole un leader de l'extrême droite batave, par ailleurs ex-camarade néonazi d'Homan.

Le lendemain matin, à Bruxelles, une manifestation antifasciste aura lieu. Eite Homan, Karl-Jan Walle et leurs contacts belges pourraient être tentés de s'y rendre.



Lors d'une manifestation néonazie aux Pays-Bas en 2012, Eite Homan et Karl-Jan Walle. Dans le fond de la photo (à droite) se trouve Chantal M, militante des Autonome Nationalisten Vlaanderen, mais aussi du mouvement Nation © Photo : Alert - www.alertmagazine.nl 



QUI SONT EITE HOMAN
ET KARL-JAN WALLE

Aux Pays-Bas, le premier est bien connu comme étant un vieux militant néonazi. Son engagement politique remonte aux années 1980. Provenant des rangs « nationaux-socialistes » classiques, Eite Homan est un des artisans du « courant gauche » de cette mouvance nostalgique du Troisième Reich. Ce courant se présente comme « révolutionnaire » et « anticapitaliste ». Il adopte un style gauchistes et autonomes dans les manifs de rue, notamment en formant un black bloc. Ce courant s'organise sous le modèle des « Nationalistes libres » : semi-clandestin, sans leader officiel, communiquant de manière codée...

Eite Homan lors d'une manifestation néonazie aux Pays-Bas en 2007 © Photo : kafka


Karl-Jan Walle est beaucoup plus jeune. Il a 24 ans. C'est au milieu des années 2000, d'après le journal antifasciste hollandais « Alert », qu'il se fait connaitre dans le milieu néonazi. Devenu bien vite l'un des bras-droits d'Eite Homan, on le retrouve à la Nationale Socialistische Aktie (NSA), aux Vrije Nationalisten (Nationalistes libres) et au Netwerk Nationale Socialisten.

Karl-Jan Walle durant une manifestation néonazie aux Pays-Bas. Il se distingue par son tatouage au cou reprenant le sigle des SA, les Sections d'Assaut du parti nazi d'Adolf Hitler © Photo : Alert

La particularité d'Homan et Walle est d'entretenir des contacts avec des groupes néonazis étrangers. Ces relations internationales s'opèrent notamment via l'Anti Capitalist Network/Anti Kapitalistisch Netwerk (ACN/AKN), un réseau anticapitaliste d'extrême droite ayant des points de chute essentiellement aux Pays-Bas, en Allemagne et en Italie. Homan et Walle sont également les contacts hollandais de la Racial Volunteer force (RVF), un groupuscule néonazi prônant le terrorisme actif en Grande-Bretagne et dans le nord de la France.

En Belgique, la RVF a aussi quelques contacts. Notamment avec des membres des Autonome Nationalisten Vlaanderen (AN) http://www.resistances.be/rvf02.html. Ce groupuscule est actif à Bruxelles et à Anvers. Depuis les années 1990, Il entretient des liens étroits avec Eite Homan. Ce dernier « travaillait » politiquement alors aussi avec le groupe néonazi bruxellois l'Assaut, dont le dirigeant-fondateur était Hervé Van Laethem, l'actuel secrétaire politique du mouvement Nation, le partenaire francophone des Autonome Nationalisten.



Eite Homan faisant le salut d'honneur au Troisième Reich hitlérien, avec Hervé Van Laethem, durant une manifestation, à Anvers, de l'Odal aktiekomitee, d'où a été fondé en 1996 les Autonome Nationalisten Vlaanderen © Photo : kafka


Karl-Jan Walle tenant le calicot de la section londonienne de la Racial Volunteer force, lors d'une manifestation néonazie en 2012, à La Haye © Photo : Alert



© RésistanceS.be - Première édition le 6 novembre 2014 sur RésistanceS News.be - Blog d'informations du web-journal RésistanceS.be édité par l'Observatoire belge de l'extrême droite | Réédité le 12 juillet 2015 sur le blog de Manuel Abramowicz (coordinateur de la rédaction de RésistanceS.be) | info@resistances.be