Le tutoiement, une violence néocoloniale policière (carte blanche)

 | Mercredi 3 mars 2020  | 17 : 05

Ce mercredi, le quotidien belge Le Soir a publié sur son site et ses réseaux sociaux ma carte blanche. Son sujet : la violence policière. Avec une proposition concrète et directe aux bourgmestres PS, MR et ECOLO pour que les méthodes de « Far West » cesse ! 

 

Depuis plusieurs mois la violence policière refait surface. Des jeunes et des moins jeunes ont été insultés, tabassés et il y en a même qui sont morts. Ils portent chez nous les noms d’Adil Larbi Charrot, de Jozef Chovanec ou d’Ibrahima B., aux États-Unis celui de George Floyd, en France celui d’Adama Traoré. Cette brutalité qui insécurise nos villes adopte un « style » digne du Far-West. Nos « shérifs » et leurs supplétifs se permettent en outre des impolitesses anormales qui précèdent toujours le passage à l’acte physique, impolitesses qu’aucun fonctionnaire de l’État ne peut s’autoriser. Les flics cow-boys tutoient !

 

Le tutoiement de la police n'est pas fraternel. Il n’est utilisé qu’à l'égard de certaines catégories de notre société. Il nous rappelle l’époque coloniale de la Belgique en Afrique centrale. La mentalité violente de l’hégémonie blanche est toujours à l’ordre du jour, soixante ans après la fin du Congo belge, trente ans après la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud. 

 

Le « flic » ne tutoie pas un riche, un notable, un intellectuel, un chef... Il tutoie un jeune, un belgo-marocain, un manifestant gauchiste, un SDF, un réfugié, un sans-emploi, un précarisé, ... Le tutoiement policier est sélectif et s’intègre dans une logique de lutte des classes, celle des « riches » contre celle des « pauvres ». La police reste ainsi la force de protection d’une frange sociologique bien particulière qui est pourtant minoritaire, mais qui tient les cordons de la bourse.

 

L’expression d’une soumission

Ce tutoiement policier est méprisant. Insultant. Il signifie que la personne tutoyée est un moins que rien – un citoyen de seconde zone - qui doit se soumettre à une autorité absolue. Il est utilisé pour signifier qu'il y a un dominant et un dominé. Le rapport de force est inégal. 

 

Le flic qui tutoie considère toujours tous les « tutoyés » comme devant bien être coupables de quelque chose. Il les « banditérise » et les met sur un pilori. Lors de contrôles de rue, il les humilie au regard public. Arrêtés et mis en cellule, il les insulte de gros mots bien vulgaires (« vous fermez votre gueule là hein maintenant ? ».), homophobes (« sale PD »), sexistes (« bande de salopes ! », « Sales chiennes ! »), putophobes (« fils de putes »)… comme de trop nombreux témoignages de « raflés » le rapportent. 

 

Des politiques inactifs  

Leurs chefs, les chefs de zone de police (comme les PS Philippe Close à Bruxelles-ville, Charles Picqués à Saint-Gilles et Willy Demeyer à Liège, la MR Florence Reuter à Waterloo ou l’ÉCOLO Christos Doulkeridis à Ixelles), nous diront que nous sommes en démocratie et que nous avons le droit de déposer plainte contre les policiers violents au Comité P, c’est-à-dire en fait chez leurs collègues. La bonne blague madame et messieurs les bourgmestres socialistes, libéraux et écologistes !

 

Vos partis respectifs sont issus des luttes sociales d’antan et d’aujourd’hui. Du mouvement ouvrier jusqu’aux manifestations pour sauver de son réchauffement la planète polluée par le capitalisme, en passant par le combat laïque. PS, MR et ÉCOLO sont désormais à tous les niveaux de pouvoir de notre pays, des communes au gouvernement fédéral. Font-ils de la politique autrement face à la violence policière qui répriment les manifestants ? Face à vos désertions, la solution est-elle alors à trouver dans l’opposition ? Le PTB peut-il honnêtement défendre les victimes de policiers belges quand sur le plan international, ce parti maoïste défend bec et ongles un régime autoritaire policier qui réprime les travailleurs en colère, les étudiants protestataires et ses minorités musulmanes ?

 

Dans l’immédiat, face aux membres des forces de l’ordre qui s’adonnent à la violence gratuite, nous devons exiger de leurs chefs politiques des mesures à long terme pour que cessent leurs actes indignes d’une dite démocratie : mises à pied du policier dès qu'une plainte est déposée au Comité P contre lui le temps de l’enquête interne, sanctions directes, exclusion définitive pour faute grave de la Police après condamnation...


Le besoin d’un message fort

Mais dès à présent et sans débourser un centime d'euros (pas d'excuse donc du « manque de moyens », ce vieux mantradu pouvoir pour ne jamais faire bouger les digues), leurs chefs politiques peuvent déjà à court terme agir lors du prochain conseil de police de leur zone : interdire par règlement à tous les policiers de tutoyer les citoyens ! En cas de refus et du maintien du tutoiement : sanction disciplinaire !

 

Il faut un message fort, courageux. Un signal qui secoue et qui remette à sa place les « flics déviants » (souvent proches de l’extrême droite) , dont le port de l’uniforme est une honte pour les honnêtes agents qui doivent aussi les côtoyer au quotidien. Il faut que toutes les violences cessent, les « ordinaires » tout comme celles qui sont révélées par les médias. La peur doit changer de camp. Mesdames et messieurs les bourgmestres Close, Picqué, Demeyer,  Reuter, Doulkeridis et consorts, du PS à ÉCOLO, en passant par le MR, DéFI et le CDH, auriez-vous le courage politique – en vouvoyant – de donner à la Police l’ordre d’arrêter de tutoyer les citoyens placés en seconde zone selon leur grille de lecture idéologique ? Ne soyez pas les gouverneurs d’une dystopie néocoloniale.

 

Manuel Abramowicz

Maitre-assistant en communication et en travail social dans une haute-école bruxelloise, rédacteur en chef de RésistanceS, le journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite.

 




 

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© Manuel Abramowicz | Bruxelles | Mercredi 3 mars 2021